Technique du Rembobinage pour le TSPT : Fiche de travail PDF, Outils et Exercices
Une fiche PDF visuelle pour expliquer le protocole Rewind en psychotraumatologie, poser un cadre commun et préparer chaque étape avec le patient en séance.
Vignettes cliniques
Accident de route, intrusions répétées
Contexte. M., 34 ans, consulte huit mois après un accident de voiture grave. Il rapporte des reviviscences quotidiennes : images soudaines du choc, réaction de sursaut au bruit de freinages, difficultés de concentration au travail. La psychoéducation sur le stockage du souvenir traumatique lui permet de comprendre pourquoi la scène lui revient « comme si c'était maintenant ». Le clinicien propose le protocole Rewind en deux séances : M. s'installe dans la métaphore de la salle de cinéma, remonte dans la cabine de projection, puis laisse défiler le film de l'accident avant de le rembobiner rapidement. À la fin de la deuxième séance, la charge subjective associée à l'image centrale passe de 8 à 2 sur 10 ; M. note que le souvenir est toujours accessible, mais qu'il le perçoit désormais comme un événement passé plutôt que comme une menace imminente.
Agression ancienne, évitement persistant
Contexte. L., 47 ans, a subi une agression physique trois ans auparavant et évite depuis tout trajet en transport en commun. Elle a refusé un travail d'exposition prolongée, craignant d'être submergée par les détails de la scène. Le Rewind est introduit précisément parce qu'il ne requiert ni récit verbal détaillé ni immersion prolongée dans le souvenir. En séance, le clinicien guide L. à travers le double recul de la cabine de projection ; elle observe le film de l'agression depuis cette position distale, puis le rembobine à trois reprises. L. signale une surprise : « J'ai pu regarder sans partir en panique. » Quatre semaines plus tard, elle rapporte avoir repris le métro à deux occasions, sans évitement actif, bien qu'une vigilance résiduelle demeure.
Proposer le Rewind à un patient traumatisé sans support visuel, c'est souvent perdre trente minutes à décrire une salle de cinéma imaginaire pendant que le système nerveux se ferme. Cette fiche PDF permet d'expliquer le protocole pas à pas, en séance, avant même de commencer, pour que le patient comprenne où il va, et accepte d'y aller.
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Pourquoi la technique Rewind est difficile à expliquer à l'oral
Le premier obstacle est conceptuel. La plupart des patients suivis pour un TSPT s'attendent, à juste titre, à « devoir parler » de ce qui s'est passé. Le Rewind repose sur le principe exactement inverse : pas de récit, pas d'immersion, pas de stimulation bilatérale comme en EMDR. Expliquer à l'oral que « vous allez regarder le souvenir comme un film depuis la cabine de projection d'un cinéma vide » produit le plus souvent un silence poli suivi d'une compliance partielle, pas d'une compréhension réelle.
Le deuxième obstacle est physiologique. La mémoire traumatique fonctionne sans marqueur temporel fiable : le souvenir n'est pas rangé au passé, il déborde au présent sous forme de reviviscences, de flashs, de réactivations somatiques. Tant que cette distinction n'est pas ancrée visuellement, le patient comprend intellectuellement sans que la notion « prenne » vraiment. Et un patient qui n'a pas compris le rationale du Rewind est un patient qui risque de se sentir submergé dès la première étape, faute de s'être positionné à distance.
Ce que contient la fiche : un appui visuel pour structurer l'explication
La fiche organise le protocole en six panneaux séquentiels que vous pouvez parcourir avec le patient avant toute activation du souvenir. Le premier panneau pose la distinction centrale : souvenir « rangé » (images à distance, corps calme) vs souvenir « encore en cours » (scène qui se rejoue comme maintenant, corps en alerte). Ce contraste visuel clarifie en trente secondes ce que le modèle d'Ehlers & Clark formalise théoriquement, et vous pouvez l'articuler avec la fiche sur la mémoire traumatique si vous avez déjà travaillé ce cadre avec le patient.
Le cœur de la fiche détaille le protocole en six étapes : s'installer dans la salle de cinéma imaginaire, construire l'image d'avant (photo noir et blanc de soi en sécurité), adopter la double couche de distance (assis dans la salle, puis monter dans la cabine), laisser le film défiler vers l'après-sécurité, rembobiner très vite à l'envers, puis recommencer en vérifiant sur une échelle 0-10 que la charge diminue.
> À retenir : la fiche est un support visuel qui facilite l'explication du Rewind en séance ; elle n'est pas un questionnaire que le patient remplit seul, mais un appui de psychoéducation que vous utilisez ensemble pour rendre chaque étape concrète avant de la traverser.
Un troisième panneau compare le Rewind aux autres approches : absence de récit détaillé, pas d'immersion prolongée, pas de mouvements oculaires. Cette section est précieuse pour les patients déjà informés sur le protocole EMDR ou ayant vécu une thérapie d'exposition. Elle évite les faux parallèles et pose un cadre de consentement éclairé.
La fiche liste aussi les indications précises (événement unique et identifiable, images intrusives récurrentes, idée du récit insupportable), les contre-indications à respecter (traumatismes multiples et entremêlés, dissociation importante au quotidien, crise suicidaire active, consommations non stabilisées) et les trois prérequis de stabilisation : avoir une technique fiable pour faire baisser l'agitation, pouvoir revenir dans le corps sur demande, disposer de repères pour sortir d'un état de débordement. Ces prérequis vous rappellent de vérifier, en amont, que des techniques d'ancrage sont bien en place et que le système nerveux autonome est suffisamment régulé pour tolérer la réactivation.
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Réservez-la à la phase de préparation, après l'anamnèse initiale et la stabilisation, jamais en première séance. Elle convient particulièrement aux patients pour lesquels le récit détaillé est insurmontable : trauma médical (voir la fiche dédiée au TSPT post-réanimation), agression unique, accident. Elle s'adapte aussi à l'adolescent, à condition que la dissociation ait été préalablement évaluée (la fiche TSPT complexe peut aider à différencier les tableaux).
Pour l'introduire, une formulation utile : « Avant de commencer quoi que ce soit, je voudrais vous montrer comment ça va se passer, étape par étape, pour que vous puissiez décider si c'est une voie qui vous convient. » Vous parcourez ensuite la fiche ensemble, panneau par panneau. L'objectif n'est pas de « vendre » la technique, mais de vérifier, en observant les réactions du patient, si la notion de distance est déjà accessible ou si la stabilisation doit se poursuivre.
En débrief, relevez les panneaux qui ont généré une réaction (souvent la distinction rangé/encore en cours, ou la phrase-clé « Je regarde ce qui s'est passé. Ce n'est pas en train de se passer. ») : ce sont les points d'entrée les plus utiles pour la séance suivante. Si le patient montre des signaux d'arrêt listés dans la fiche (coupure du corps, désorientation, panique non apaisable), c'est un indicateur clinique fiable que la phase de stabilisation n'était pas suffisamment consolidée. La fiche ne remplace pas votre formation au psychotraumatisme ; elle rend l'explication plus claire et laisse au patient un repère concret à conserver.
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