Discrimination des stimuli (Avant vs. Maintenant) : Fiche PDF, outils et exercices
Une fiche PDF structurée pour aider vos patients à différencier le souvenir traumatique du moment présent, canal sensoriel par canal sensoriel, directement en séance.
Vignettes cliniques
Flashback olfactif en consultation
Contexte. M., 38 ans, suivi pour un état de stress post-traumatique après des violences conjugales répétées, rapporte des épisodes de reviviscence déclenchés par l'odeur de certains after-shaves. Lors d'une séance, il décrit une dissociation survenue dans les transports la semaine précédente. Le clinicien lui présente la fiche « Avant vs Maintenant » et lui propose de parcourir ensemble la colonne sensorielle, en nommant à voix haute trois détails concrets de l'environnement immédiat du cabinet : le bruit du chauffage, la texture du coussin, l'odeur de café froid dans sa tasse. M. note que l'exercice lui paraît artificiel au début, puis reconnaît que nommer ces détails précis a réduit l'intensité de l'image intrusive. Il repart avec la consigne de choisir, avant chaque trajet, deux repères sensoriels très spécifiques à ancrer dans le présent.
Reviviscence nocturne chez une adolescente
Contexte. L., 17 ans, prise en charge après un accident de la route survenu deux ans plus tôt, signale des réveils brutaux accompagnés de la certitude que le choc est en train de se reproduire. La clinicienne introduit la grille sensorielle en deux temps : elle guide d'abord L. pour qu'elle décrive, canal par canal, ce que ses sens enregistrent dans sa chambre au moment du réveil, puis elle l'invite à contraster ces données avec les fragments du souvenir traumatique. L. identifie que le contact de sa couette et la lumière du couloir sont des ancres fiables, car absentes de la scène initiale. Au suivi, elle rapporte que nommer mentalement ces deux détails raccourcit la durée des épisodes, sans les supprimer complètement, ce qui correspond à un objectif réaliste à ce stade du traitement.
En suivi de trauma, expliquer oralement la discrimination stimuli à un patient en état d'hypervigilance produit rarement l'effet escompté : la notion passe au-dessus de la détresse, et le patient repart sans procédure utilisable. Cette fiche PDF sur la discrimination « Avant vs Maintenant » offre un appui visuel structuré pour rendre ce travail concret dès la séance, sans demander au patient de replonger dans le souvenir.
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Pourquoi le flashback résiste à l'explication verbale
Le flashback traumatique ne se comporte pas comme un souvenir ordinaire. La mémoire traumatique se rejoue sans marqueur temporel fiable : le système nerveux ne reçoit pas l'étiquette « c'est passé », et tout stimulus vaguement similaire peut rouvrir l'alarme (van der Kolk, 2014 ; Rothschild, 2000). Quand vous expliquez ce mécanisme à l'oral, le patient vous entend, mais reste dans l'expérience subjective d'un danger actuel. La verbalisation nomme le problème sans lui donner la main dessus.
La difficulté s'intensifie avec le phénomène de généralisation : au fil du temps, l'alarme s'étend à des situations de plus en plus banales, bien au-delà du déclencheur original. Beaucoup de patients ne comprennent pas pourquoi une odeur ou un ton de voix ordinaire les plonge dans la détresse. Cartographier ce mécanisme à l'oral, canal par canal, est fastidieux ; surtout, cela s'efface rapidement. C'est précisément là qu'un support visuel change la donne, en donnant au patient une grille qu'il peut tenir entre les mains.
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Ce que contient la fiche : un tableau sensoriel à sept canaux
Le cœur de la fiche est un tableau de comparaison à sept canaux sensoriels : vue, son, toucher, odorat, goût, corps et savoir. Pour chaque canal, deux colonnes se font face : « AVANT · la mémoire qui rejoue » et « MAINTENANT · l'instant unique », avec des exemples concrets pré-remplis. La colonne « Corps », par exemple, oppose « un corps plus petit, figé, impuissant » à « Adulte, plus grand, plus fort, je respire, je peux bouger, je peux partir ». Montré en séance, ce tableau transforme un concept abstrait en procédure que le patient peut suivre du regard pendant votre explication, colonne après colonne.
La fiche présente ensuite quatre étapes ordonnées : noter la situation déclenchante factuellement, nommer les ressemblances avec l'épisode passé (ce qui « cartographie la signature » du déclencheur), parcourir les différences canal par canal, puis formuler une phrase d'ancrage toujours identique. Trois formulations sont proposées, dont « Ça, c'était avant. Ici, c'est maintenant. Je suis en sécurité en [année], dans [lieu]. », à associer à un geste de réconfort corporel.
Une section dédiée explique ce qui se passe au niveau de la mémoire traumatique et le piège de la généralisation en langage accessible. Une dernière partie précise quand utiliser l'outil, que faire si le patient est trop activé pour accéder aux détails sensoriels, et liste trois points explicitement réservés à la discussion en séance.
> À retenir : la fiche n'est pas un questionnaire autonome. C'est un support visuel qui facilite l'explication en séance : vous parcourez le tableau canal par canal avec le patient, vous pointez les exemples, et vous lui laissez le document comme procédure concrète entre les consultations.
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La fiche s'intègre naturellement après la phase de stabilisation initiale, une fois que l'alliance est suffisamment solide pour aborder les intrusions sans risque de déstabilisation. Elle convient aux patients présentant un TSPT, un TSPT complexe, ou des symptômes dissociatifs liés à un vécu traumatique, qu'ils soient ou non engagés dans un protocole structuré (EMDR, thérapie narrative, approche Seeking Safety de Najavits). Elle fonctionne bien en complément du modèle d'Ehlers et Clark ou d'un travail sur les cognitions EMDR.
Pour l'introduire sans étiqueter le patient, une formulation simple suffit : « Je voudrais vous montrer un outil que certaines personnes trouvent utile quand un souvenir s'impose. On va le regarder ensemble. » Parcourez ensuite le tableau à voix haute, en invitant le patient à compléter mentalement ses propres exemples dans chaque case. La phrase d'ancrage se choisit dans ses mots, pas dans les formulations imprimées si elles ne lui correspondent pas.
Le débrief porte sur deux points : quel canal a été le plus opérant pour ancrer le présent, et quels déclencheurs la comparaison a mis au jour. Ces éléments enrichissent directement la cartographie des déclencheurs émotionnels et s'articulent facilement avec des exercices d'ancrage sensoriel ou des techniques d'ancrage en séance pour les moments de forte activation. Si le patient signale de nouvelles situations banales qui s'ajoutent à la liste, la fiche prévoit explicitement d'en discuter en séance pour surveiller l'extension de la généralisation.
Contraindication principale : proposer la fiche trop tôt, avant que le patient dispose de ressources de régulation suffisantes, risque de le laisser seul face à une intrusion sans filet. Vérifiez d'abord la présence de réactions post-traumatiques bien identifiées et d'un minimum de capacité de régulation du système nerveux autonome avant de remettre le document.
La fiche ne remplace pas le cadre thérapeutique ; elle rend l'explication plus claire et laisse au patient une procédure concrète, disponible au moment même où le souvenir frappe.
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