Fiche de référence sur les émotions : Fiche de travail, outils et exercices PDF pour la pratique clinique
Une fiche PDF visuelle pour aider vos patients à remonter du signe corporel au mot juste, avec des outils et exercices concrets à intégrer en psychoéducation.
Vignettes cliniques
Nommer la colère sous le corps
Contexte. M., 34 ans, consulte pour des tensions relationnelles répétées au travail ; il décrit des réactions vives dont il ne comprend pas toujours l'origine. Lors de la troisième séance, le clinicien lui remet la fiche de reconnaissance des émotions et lui demande de repérer, dans la colonne « corps », ce qu'il reconnaît dans ses propres épisodes. M. pointe sans hésiter la mâchoire crispée et la bouffée de chaleur, puis lit la ligne d'accompagnement : « Sous la colère, souvent une peur ou une blessure. » Il marque un temps, puis évoque une peur de perdre la reconnaissance de ses pairs qu'il n'avait pas encore formulée. La fiche a servi de point d'entrée concret vers un contenu affectif jusque-là difficile d'accès.
Anxiété non nommée chez une adolescente
Contexte. L., 17 ans, est adressée pour des plaintes somatiques récurrentes (troubles digestifs, fatigue) sans cause médicale retrouvée ; elle dit ne « rien ressentir de particulier ». Le clinicien propose la fiche comme exercice à faire entre deux séances : repérer, dans la semaine, un moment où le corps signale quelque chose et chercher la famille d'émotions correspondante. À la séance suivante, L. revient avec une note sur son téléphone : elle a reconnu le souffle court et les pensées en boucle dans la colonne anxiété. Ce premier repérage autonome ouvre la possibilité d'explorer la peur précise sous-jacente, que L. commence à nommer timidement en séance.
Beaucoup de patients arrivent en séance avec un vécu intense mais sans les mots pour le nommer : ils décrivent ce qu'ils ont fait, pas ce qu'ils ont ressenti. Cette fiche PDF part du corps pour remonter vers le mot juste, et constitue un support visuel que vous pouvez déployer en séance pour rendre la psychoéducation émotionnelle concrète, rapide et mémorable.
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Fiche, exercices et supports prêts à l'emploi, directement dans SessionFuel.
Pourquoi nommer ses émotions résiste à l'explication orale
Le principal obstacle n'est pas la méconnaissance des émotions : c'est la confusion entre émotion et comportement. Quand un patient dit « je pète un câble » ou « je me referme », il décrit une action visible, pas l'état intérieur qui la précède. Cette confusion est quasi universelle et ralentit le travail de régulation émotionnelle en TCC comme en DBT.
À l'oral, l'explication reste abstraite. On peut nommer la distinction dix fois, le patient acquiesce, puis repart sans ancrage. Le problème est d'autant plus net chez les patients présentant une inhibition émotionnelle ou une alexithymie partielle : ils perçoivent une sensation physique diffuse mais n'ont pas spontanément accès au lexique émotionnel pour la qualifier. Sans repère visuel, la notion glisse.
L'autre difficulté est celle des émotions emboîtées : la colère en surface, la peur ou la blessure en dessous. Le système nerveux autonome réagit vite, le cortex préfrontal suit plus lentement. Le patient identifie la couche superficielle et s'arrête là, faute d'outil pour creuser.
Ce que contient la fiche : un appui visuel pour aller du corps au mot
La fiche est organisée en cinq panneaux, chacun utilisable comme point d'appui visuel pendant que vous expliquez.
Six familles d'émotions (colère, anxiété, tristesse, joie, jalousie, amour), chacune déclinée avec ses nuances lexicales, ses signes corporels précis (« mâchoire crispée », « souffle court », « énergie, légèreté ») et ses comportements caractéristiques, puis une phrase de fond : « Sous la colère, souvent : peur ou blessure. »
Émotion vs comportement : un schéma explicite pose la distinction, avec deux exemples contrastés (« Je pète un câble » vs « Je suis furieux.se parce que je me sens humilié.e »). C'est la section que vous pouvez montrer dès qu'un patient confond les deux registres.
Les émotions emboîtées : trois schémas visuels (colère/peur, anxiété/peur précise, jalousie/insécurité) qui rendent immédiatement visible ce qu'un discours seul ne montre pas, en complément d'un outil comme l'iceberg de la colère.
Une séquence en quatre étapes : pause, scan corporel, observation de l'envie comportementale, nomination de l'émotion.
Un travail de vocabulaire progressif : « énervé.e → humilié.e → trahi.e → impuissant.e », avec trois phrases d'amorce pour guider l'exploration (« Là, dans mon corps, je sens... »).
> À retenir : la fiche n'est pas un questionnaire à remplir seul ; c'est un support visuel qui facilite l'explication en séance. Vous pointez un schéma, le patient voit la distinction émotion/comportement ou la structure emboîtée, et la notion s'ancre autrement qu'à l'oral.
La fiche complète utilement la roue des émotions lorsque vous avez besoin d'un vocabulaire plus étendu, ou la fiche Comportement, émotion, besoin pour aller jusqu'au besoin sous-jacent.
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Moment de la prise en charge. Proposez-la dès la phase de psychoéducation, souvent en deuxième ou troisième séance, une fois l'anamnèse posée. Elle convient aussi bien en individuel qu'en groupe, et s'adapte facilement aux adolescents (à coupler avec les thermomètres des émotions pour enfants pour les plus jeunes).
Profils prioritaires. Patients alexithymiques ou peu verbaux, personnes présentant une carence affective avec un lexique émotionnel appauvri, mais aussi patients qui intellectualisent : la colonne « corps » les ramène à l'expérience sensorielle. Elle est utile dans tout suivi orienté Nommer ses émotions, ainsi qu'en complément d'un programme structuré de gestion émotionnelle.
Formulation d'introduction. Vous pouvez dire : « Je vais vous montrer une carte des émotions. L'idée n'est pas de tout mémoriser, mais de repérer par le corps ce qui monte, avant même de chercher le bon mot. » Évitez de la présenter comme un devoir ou une grille d'évaluation.
Débrief. Demandez, séance suivante : quelle famille a été la plus reconnaissable dans le corps ? Y a-t-il eu une situation où le comportement était plus facile à nommer que l'émotion ? Les réponses orientent directement le travail de restructuration des pensées automatiques ou d'exposition graduée selon le tableau clinique.
La fiche ne remplace pas le cadre thérapeutique ; elle rend la notion d'émotion tangible et laisse au patient un repère concret entre les séances.
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