Que pensent les gens d'eux-mêmes ? Fiche PDF, outils et exercices
Une fiche PDF structurée en six panneaux, avec cinq vignettes projectives et des outils concrets pour explorer les croyances négatives des enfants en séance.
Vignettes cliniques
Nommer ce que Logan croit de lui
Contexte. M., 10 ans, adressé pour anxiété scolaire persistante et refus de lire à voix haute en classe ; son enseignant signale un redoublement récent et des difficultés de décodage non encore bilan. En séance, le clinicien propose la fiche et invite M. à lire l'histoire de Logan, l'enfant dont les lettres bougent, puis lui demande quels mots Logan utiliserait pour se décrire et d'où il les aurait appris. M. pointe spontanément « bête » et ajoute, à mi-voix, que c'est aussi ce que son père dit quand il rate une dictée. Le clinicien accueille cette observation sans la commenter excessivement et introduit la distinction entre une conclusion tirée d'une situation et une vérité sur une personne. À la fin de la séance, M. accepte que « bête » soit noté entre guillemets sur une feuille, comme une idée à examiner plutôt qu'un fait établi.
Julie comme point d'entrée inattendu
Contexte. A., 13 ans, suivie pour humeur dépressive légère et retrait social progressif depuis l'entrée au collège ; elle dit ne pas savoir pourquoi elle se sent « décalée » et répond peu aux questions directes sur l'image d'elle-même. La clinicienne propose la fiche en la présentant comme un détour par des personnages fictifs, sans demande directe d'auto-révélation. A. s'arrête longuement sur le profil de Julie et, sans y être invitée, commence à décrire ce que Julie ressent quand elle rate une tentative d'intégration. Ce déplacement sur le personnage permet à la clinicienne de cartographier, avec A., la chaîne qui va des remarques entendues à la croyance « je ne suis pas comme il faut », ouvrant une exploration que les questions directes n'avaient pas réussi à amorcer.
Demander directement à un enfant ce qu'il pense de lui-même produit rarement un accès aux croyances fondamentales : la honte rend la déclaration directe coûteuse, et les défenses s'activent dès que la question semble personnelle. Cette fiche PDF de psychoéducation contourne l'obstacle par un détour projectif : cinq personnages fictifs portent ce que l'enfant ne peut pas encore formuler en son nom.
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Pourquoi l'image de soi résiste à l'explication directe en séance
Chez l'enfant, les croyances négatives sur soi se présentent rarement comme des cognitions identifiables. Elles sont vécues comme des évidences, des faits. « Je suis nul » n'est pas perçu comme une conclusion tirée d'expériences répétées : c'est une vérité sur soi. Poser la question « qu'est-ce que tu penses de toi ? » peut déclencher une minimisation ou un blocage complet, surtout lorsque la honte est au cœur du tableau clinique.
Le praticien se retrouve alors dans une impasse : nommer la croyance avant que l'enfant l'ait lui-même posée risque de rompre l'alliance, mais attendre que l'enfant l'articule spontanément peut prendre de nombreuses séances. Les approches issues de la thérapie des schémas précoces inadaptés (Young, 2003) soulignent ce même écueil : la honte et la carence précoce rendent le matériel verbal quasi inaccessible tant qu'un espace transitionnel n'est pas créé. La fiche répond exactement à ce besoin.
Ce que contient la fiche : un appui visuel pour mettre des mots sans honte
La fiche est organisée en six panneaux, conçus pour être lus et commentés ensemble en séance, jamais remplis seuls. Elle n'est pas un questionnaire : c'est un support visuel que vous parcourez avec l'enfant, panneau par panneau.
Le premier panneau pose la logique centrale sous forme d'une chaîne visuelle : « Ce qui est vécu → ce qui est conclu → ce qui est cru sur soi », accompagnée de la phrase-clé que vous pouvez reprendre directement : « C'est une chaîne, pas une vérité. » Cette représentation graphique montre d'un coup d'œil ce qu'une explication orale peine à ancrer : la croyance a une histoire, elle n'est pas une donnée immuable.
Le deuxième panneau, central, présente cinq vignettes d'enfants : Sam (l'enfant agité, « je dérange »), Julie (« je suis bizarre »), Logan (« je suis bête », difficulté d'apprentissage), Sally (« je ne vaux rien », comparée à une sœur), Jim (« je suis invisible », harcelé). Pour chaque vignette, la fiche affiche le contexte et les mots que le personnage utiliserait pour se décrire. Ce dispositif visuel, en nommant les croyances dans la bouche d'un autre, rend possible ce que l'enfant ne peut pas encore s'autoriser directement : reconnaître ses propres mots intérieurs. Vous pouvez faire le lien avec la fiche sur le harcèlement scolaire si Jim résonne particulièrement.
> À retenir : la fiche est un support visuel qui facilite l'explication de l'image de soi en séance ; elle ne demande pas à l'enfant de se confesser, elle lui offre un personnage pour poser ses mots à distance, et laisse une trace concrète après la consultation.
Les panneaux suivants fournissent trois questions structurantes à poser pour chaque vignette (Pourquoi ? Où l'a-t-il appris ? Est-ce vrai pour autant ?) et une question miroir finale (« Et toi, quels mots utiliserais-tu pour te décrire ? »), à accueillir avec curiosité et sans rassurance précipitée. Le dernier panneau synthétise les distinctions cliniques utiles : « Ce qu'on m'a dit de moi ≠ ce que je suis », base du travail de restructuration des croyances fondamentales négatives qui suivra.
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La fiche s'intègre à partir de la deuxième ou troisième séance, une fois l'alliance établie, avant d'engager un travail direct sur les croyances fondamentales. Elle convient particulièrement aux enfants de 7 à 13 ans présentant une faible estime de soi, un tableau dépressif, une anxiété sociale, ou des difficultés d'apprentissage accompagnées d'auto-dévalorisation. Elle s'articule bien avec la fiche sur le triangle pensées-émotions-actions pour enfants comme introduction au modèle TCC.
Pour l'introduire sans étiqueter l'enfant, vous pouvez proposer : « Je vais te montrer des enfants qui vivent des choses différentes. On va juste regarder ensemble comment ils se voient. » Après le parcours des vignettes, observez quels personnages reçoivent les mots les plus durs : c'est souvent là que la matière clinique réside. La question miroir finale se débriefe lentement ; si l'enfant ne livre que des mots positifs, la fiche de jauge des croyances pour enfants peut compléter le repérage lors d'une séance ultérieure. En fin de séance, laisser la fiche à l'enfant lui donne un repère tangible, un support à montrer à ses parents, et parfois un point de départ pour la séance suivante avec les besoins émotionnels non comblés comme fil directeur.
La fiche ne remplace pas le cadre thérapeutique ni le travail approfondi sur les schémas précoces ; elle rend l'entrée dans ce travail moins menaçante, et laisse à l'enfant quelque chose à tenir dans les mains.
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Harter, S. (1985). Manual for the Self-Perception Profile for Children. University of Denver.
Beck, A. T. (1967). Depression: Causes and Treatment. University of Pennsylvania Press.
Young, J. E., Klosko, J. S., Weishaar, M. E. (2003). Schema Therapy: A Practitioner's Guide. The Guilford Press.
Loose, C., Graaf, P., Zarbock, G., Holt, R. A. (2020). Schema Therapy with Children and Adolescents: A Practitioner's Guide. Pavilion Publishing and Media Ltd..
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