Les émotions motivent les actions : Fiche de travail, outils et exercices PDF
Une fiche PDF visuelle pour expliquer en séance pourquoi chaque émotion pousse vers un geste précis, et comment récupérer un espace de choix entre le signal et la réponse.
Vignettes cliniques
Honte et évitement social répété
Contexte. M., 34 ans, consulte pour un isolement progressif après un épisode professionnel vécu comme humiliant. À chaque invitation sociale, une honte intense surgit et il annule au dernier moment, soulagé dans l'instant mais de plus en plus seul. Le clinicien introduit la fiche en séance et nomme l'élan typique associé à la honte : se cacher, disparaître du regard. M. reconnaît immédiatement ce mécanisme dans son propre comportement et dit, non sans surprise : «Je croyais que c'était moi qui voulais rester seul.» La distinction entre le signal émotionnel et l'espace de choix qui le suit ouvre un travail sur les évitements sans invalider la souffrance initiale.
Colère et escalade conjugale
Contexte. L., 41 ans, décrit des disputes répétées avec son partenaire qui se terminent systématiquement par des mots qu'elle regrette ensuite. Elle perçoit sa colère comme incontrôlable, presque étrangère à elle. En utilisant la fiche comme support, le clinicien illustre que la colère porte un élan d'action précis, attaquer ou exploser, mais aussi, dans un autre registre, poser ses limites. L. distingue ainsi pour la première fois deux issues possibles au même signal. En séance suivante, elle rapporte avoir reconnu l'élan sans l'avoir suivi entièrement, ce qui a permis une sortie de conflit moins coûteuse.
Expliquer à l'oral que les émotions « poussent vers des comportements » suffit rarement : le patient acquiesce, puis reproduit exactement ce qu'il voulait changer. Cette fiche PDF donne au clinicien un support visuel structuré pour rendre la notion d'élan d'action concrète dès la séance, poser un vocabulaire commun et laisser au patient une trace qu'il pourra relire entre les consultations.
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Pourquoi l'élan d'action résiste à l'explication orale
Le concept central de la régulation émotionnelle DBT, repris dans l'ACT et la thérapie des schémas, est que chaque émotion embarque une impulsion comportementale héritée de l'évolution. Le patient qui évite une situation anxiogène ne « choisit » pas consciemment : il obéit à un automatisme pré-câblé. Le patient qui explose en colère ou qui se cache sous la honte fait de même.
Ce que les patients saisissent mal à l'oral, c'est précisément la distinction entre le signal et l'ordre. Ils entendent « votre émotion vous pousse à agir » comme une excuse ou, à l'inverse, comme un déterminisme total. Sans schéma, il est difficile de leur montrer que l'élan et l'acte sont deux temps séparés, et qu'un espace de choix existe entre les deux, même bref. La notion de point de choix ACT repose exactement sur cet intervalle, difficile à situer sans appui visuel.
Ce que contient la fiche : un support visuel sur les émotions et leurs élans
La fiche s'organise en cinq panneaux progressifs, pensés pour être parcourus avec le patient pendant la séance, pas remplis seul à la maison.
Le premier panneau présente la chaîne évolutive complète : signal sensoriel, émotion déclenchée, élan d'action, bénéfice de survie. L'exemple visuel de la fiche (aliment avarié → dégoût → ne pas manger → ne pas tomber malade) ancre immédiatement la logique dans le corps, pas dans l'abstraction. La phrase-clé est lisible d'un coup d'œil : « L'émotion donne une information et propose une action toute prête. Elle ne donne pas un ordre. »
Le deuxième panneau liste treize émotions avec leur action typique associée : joie, peur, tristesse, colère, culpabilité, honte, dégoût, compassion, embarras, confusion, impuissance, indifférence, affection. Ce tableau visuel fait le travail que la roue des émotions fait pour le vocabulaire affectif : il montre d'un regard la cohérence du système. Pour les patients présentant une inhibition émotionnelle ou un raisonnement émotionnel marqué, le fait de voir leur émotion « nommée » à côté d'un geste concret est souvent le premier déclic.
Le troisième panneau oppose deux colonnes : quand suivre l'élan aide (l'émotion et la situation réelle coïncident) et quand il entretient le problème (le geste soulage mais nourrit la difficulté). La fiche cite explicitement l'évitement comportemental face à la peur, le retrait dépressif face à la tristesse, et la honte qui se renforce quand on se cache.
Le quatrième panneau nomme le piège du soulagement avec une formule mémorable : « soulage en 5 minutes et coûte en 5 jours ou 5 mois ». Puis il propose un séquenceur en trois étapes : ressentir, reconnaître l'élan, vérifier l'utilité. Ce mini-algorithme est directement utilisable comme ancre de défusion cognitive entre deux consultations.
Le cinquième panneau introduit l'action opposée, technique issue du protocole de Linehan, en précisant son objectif réel : laisser l'émotion exister tout en choisissant un autre geste, jamais supprimer l'émotion. Quatre exemples concrets sont donnés (tristesse, peur, honte, colère), ce que les stratégies d'adaptation habituelles ne contextualisent pas toujours dans la fonction émotionnelle sous-jacente.
> À retenir : la fiche est un support visuel qui facilite l'explication en séance ; le clinicien s'en sert comme d'un tableau de référence partagé, pas comme d'un devoir à compléter seul. Elle laisse au patient une trace concrète de la notion d'élan d'action, lisible bien après la consultation.
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La fiche est particulièrement indiquée à partir de la deuxième ou troisième séance, une fois l'anamnèse posée et lorsque vous observez des comportements d'évitement, de retrait ou d'explosion récurrents. Elle convient à la plupart des profils : flexibilité psychologique à construire en ACT, comportements impulsifs liés aux émotions, ou travail sur les émotions malsaines en TCC de 3e vague.
Pour l'introduire sans étiqueter le patient, vous pouvez formuler : « Je voudrais vous montrer quelque chose qui explique pourquoi certains gestes nous soulagent sur le moment tout en entretenant le problème. On va parcourir ça ensemble. » Posez la fiche entre vous deux ; pointez le panneau des actions typiques et invitez le patient à repérer ses propres émotions récurrentes dans la liste. Le panneau 3 sert ensuite à co-construire l'hypothèse de maintien : quel élan le patient suit-il systématiquement, et à quel coût ?
Le débrief naturel porte sur la formule « 5 minutes / 5 mois » : demandez au patient d'identifier un exemple récent. C'est souvent là que l'alliance se consolide, parce que le patient voit que son comportement a une logique, pas un défaut de volonté. La section « À discuter en séance » de la fiche propose trois amorces de travail à reprendre lors des consultations suivantes, notamment l'exploration d'une action opposée à toute petite échelle, en cohérence avec le programme Gérer ses émotions si vous l'utilisez en parallèle.
Pour les patients qui ont du mal à nommer leurs émotions avant même d'en identifier l'élan, commencez par le panneau 2 seul ; revenez aux panneaux 3 à 5 à la consultation suivante. La fiche ne remplace pas le cadre thérapeutique ; elle rend l'explication plus précise et laisse au patient un repère auquel se raccrocher entre les séances.
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