Thérapie fondée sur la compassion : Fiche PDF, outils et exercices pour la pratique clinique
Une fiche PDF illustrant les trois systèmes émotionnels de la CFT, avec outils et exercices concrets pour psychoéduquer vos patients sur l'autocompassion en séance.
Vignettes cliniques
Système de menace dominant, épuisement chronique
Contexte. M., 38 ans, consulte pour un épuisement persistant malgré plusieurs semaines de congé. Il décrit une incapacité à se reposer vraiment : dès qu'il s'arrête, une agitation diffuse s'installe et une voix intérieure lui reproche de perdre son temps. Le clinicien introduit la fiche sur les trois systèmes émotionnels et invite M. à repérer, dans sa dernière journée type, les moments relevant de chaque registre. M. constate que ses journées oscillent presque exclusivement entre menace et élan, sans aucun îlot d'apaisement identifiable. Cette prise de conscience ouvre une conversation sur ce qui, dans son histoire, n'a pas nourri le système d'apaisement, sans que cela soit présenté comme un défaut personnel.
Honte et critique interne, première psychoéducation
Contexte. L., 29 ans, suivie pour un trouble anxieux généralisé, mentionne en séance qu'elle se sent « nulle » chaque fois qu'elle n'atteint pas ses objectifs. Le clinicien propose la fiche des trois systèmes comme point d'entrée, en lui demandant simplement de lire la colonne « menace » et de noter ce qui résonne. L. reconnaît sans difficulté la physiologie décrite, puis s'arrête sur la ligne « se figer, attaquer soi-même ». La discussion qui suit porte sur le fait que cette configuration n'est pas un trait de caractère, mais un câblage façonné par des expériences antérieures, ce qui atténue légèrement la honte associée à la critique interne.
Expliquer la thérapie focalisée sur la compassion (CFT, développée par Paul Gilbert) à l'oral génère presque systématiquement le même écueil : le patient acquiesce, comprend la logique, puis replonge immédiatement dans l'autocritique dès la séance suivante. Le modèle des trois systèmes émotionnels est conceptuellement clair, mais il reste abstrait sans appui visuel. Cette fiche PDF le rend immédiatement lisible en consultation et laisse au patient une trace concrète sur laquelle travailler entre les séances.
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Fiche, exercices et supports prêts à l'emploi, directement dans SessionFuel.
Pourquoi la CFT coince quand on l'explique à l'oral
La difficulté tient à deux mécanismes superposés. D'abord, les patients présentant une autocritique sévère ou un schéma de punition ancré vivent l'autocompassion comme une menace, pas comme une ressource : entendre que « se traiter avec bienveillance demande du courage » sans en voir la structure les laisse sceptiques. Ensuite, le modèle à trois systèmes est dynamique, il décrit des états qui s'activent en parallèle, se renforcent ou s'inhibent mutuellement, et cette dynamique est beaucoup plus difficile à saisir à partir d'une description verbale que d'un schéma.
Autre résistance fréquente : les patients confondent le système d'apaisement avec la passivité ou la complaisance. Sans support visuel, le clinicien doit sans cesse reposer la distinction, ce qui mobilise du temps de séance. La fiche règle ce problème en le montrant directement.
Ce que contient la fiche : un appui visuel pour les trois systèmes émotionnels
La fiche est organisée en huit panneaux qui suivent la progression logique d'une psychoéducation CFT complète.
Panneau 1, Les trois systèmes en parallèle : pour chacun (menace, élan, apaisement), le support liste la motivation, l'attention, les pensées typiques, les émotions, la physiologie et les comportements associés. Le patient voit d'un seul regard que « Il faut que je performe » relève du système d'élan, et que la mâchoire serrée correspond au système de menace, sans que le clinicien ait à le démontrer avec des mots.
Panneau 2, Signes concrets de déséquilibre : six indices quotidiens concrets, dont « Être réconforté·e par les autres, mais incapable de se réconforter soi-même », qui résonnent souvent immédiatement chez les patients présentant une carence affective.
Panneau 3, Pourquoi l'apaisement reste sous-développé : ce panneau contextualise l'histoire développementale sans accusation, ce qui facilite l'ouverture chez les patients défensifs.
Panneau 4, Ce que l'autocompassion n'est pas : la distinction visuellement contrastée entre ce que la compassion est et ce qu'elle n'est pas désarme l'objection la plus fréquente (« c'est se plaindre »), bien plus efficacement qu'un long développement oral.
Panneaux 5 et 6, Techniques et phrases d'apaisement : six exercices concrets (respiration, visage doux, voix intérieure bienveillante, image apaisante, lettre compatissante, geste d'apaisement) et des formulations prêtes à l'emploi comme « Comment être un peu plus gentil·le avec moi, là, maintenant ? ».
Panneaux 7 et 8, La peur de la compassion et distinctions utiles : ils donnent au clinicien un ancrage pour explorer les réactions de rejet ou de larmes comme matériau thérapeutique, pas comme obstacles.
> À retenir : la fiche n'est pas un formulaire que le patient remplit seul ; c'est un support visuel que vous parcourez avec lui en séance pour rendre les trois systèmes palpables, gagner du temps sur les objections et lui laisser un repère concret à consulter entre les consultations.
Le bon moment : après l'anamnèse initiale, dès que vous observez un pattern d'autocritique envahissant, d'autocritique sévère, ou de honte prononcée. Elle s'intègre naturellement en début de phase psychoéducative, avant d'introduire des exercices de pleine conscience ou d'autocompassion.
Profils indiqués : dépression avec autocritique persistante, personnalité perfectionniste, traumatismes d'attachement, mais aussi tout patient qui verbalise « je sais que je devrais être moins dur avec moi-même » sans y parvenir. La fiche fonctionne également bien dans un cadre DBT ou thérapie des schémas, comme complément à la régulation émotionnelle.
Formulation d'introduction possible : « Je voudrais vous montrer quelque chose qui décrit comment notre cerveau gère les émotions, pas pour vous donner une leçon, mais parce que ça m'aide à vous expliquer pourquoi se reposer ou se consoler peut sembler difficile, voire interdit. » Cette formulation évite l'étiquetage direct et positionne la fiche comme outil d'explication partagée.
Débrief : demandez au patient quel système lui semble le plus activé dans sa semaine, et lequel lui semble le plus étranger. La réponse oriente la suite du travail. Si le panneau 7 (peur de la compassion) provoque une réaction émotionnelle, c'est un signal clinique à ne pas dépasser sans exploration. Les méditations audio d'autocompassion et les exercices guidés sur la faillibilité peuvent prolonger le travail amorcé avec la fiche entre deux séances.
La fiche ne remplace pas la formulation de cas ni l'alliance ; elle rend l'explication des systèmes émotionnels assez claire pour que le patient cesse de se battre contre le modèle et commence à l'utiliser.
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