Le point de choix : fiche PDF, outils et exercices pour la pratique de l'ACT
Une fiche PDF avec schéma en Y, outils visuels et exercices concrets pour expliquer le point de choix ACT et l'intégrer immédiatement en séance.
Vignettes cliniques
Évitement social et bifurcation repérée
Contexte. M., 34 ans, consulte pour une anxiété sociale invalidante depuis plusieurs mois. Il rapporte annuler systématiquement ses sorties professionnelles dès que l'angoisse monte, ce qui aggrave son isolement. Le clinicien lui présente le schéma en Y du point de choix et lui demande de reconstituer l'épisode de la semaine précédente, étape par étape : la situation concrète, les pensées et sensations qui ont surgi, puis la bifurcation. M. identifie sans difficulté le mouvement « loin de » qu'il a emprunté, et reconnaît pour la première fois que ce geste n'était pas une absence de choix mais un choix fait sous emprise de l'inconfort. À la séance suivante, il signale avoir remarqué un point de choix similaire et avoir, cette fois, observé la pensée sans la suivre automatiquement.
Conflit conjugal et coût caché de la fuite
Contexte. L., 47 ans, décrit des disputes récurrentes avec son partenaire qui se terminent invariablement par un retrait silencieux de plusieurs heures. Elle se dit épuisée de ce schéma mais ne perçoit pas encore la part active qu'elle y joue. Le clinicien utilise la fiche pour cartographier un épisode récent : la tension du repas, les pensées du type « ça ne sert à rien de parler », et le soulagement immédiat procuré par le silence. L. est surprise de voir inscrit noir sur blanc que le soulagement rapide coexiste avec un coût différé : la relation qui se referme. La séance se conclut sur une question ouverte, non une injonction : quel mouvement, aussi petit soit-il, serait cohérent avec la valeur de connexion qu'elle a nommée en début de suivi.
Le concept de point de choix est au cœur du protocole ACT de Harris (2009) et de Polk & Schoendorff (2014), mais expliquer la bifurcation « vers » / « loin de » à l'oral produit souvent un acquiescement de surface. Cette fiche PDF rend la mécanique visible en séance, avec un schéma en Y que vous pouvez parcourir avec votre patient en moins de cinq minutes.
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Pourquoi le point de choix résiste à l'explication verbale
Le concept semble simple à énoncer. Il ne l'est pas à incarner. Quand on décrit la bifurcation oralement, le patient tend à l'entendre comme un impératif moral : « je dois choisir les valeurs », ce qui réintroduit un agenda de contrôle expérientiel, exactement l'opposé de l'intention ACT. Le registre de la défusion se perd dans la description.
Deuxième difficulté : l'évitement expérientiel fonctionne par définition hors de la conscience délibérée. Expliquer que « annuler la soirée soulage à court terme mais rétrécit la vie » à un patient en train d'annuler ne produit pas grand-chose. Ce qu'il faut, c'est lui donner un outil de repérage en temps réel, pas une théorie rétrospective. La fiche remplit exactement ce rôle, en ancrant la notion dans une représentation spatiale que le patient peut emporter avec lui.
Ce que contient la fiche : le schéma en Y et ses six panneaux
Le support s'organise en six sections. La pièce maîtresse est le schéma en Y du panneau 1 : on part d'une situation (contexte concret, daté), qui déclenche pensées & émotions, et la fourche s'ouvre sur une branche « loin de » (éviter, fuir, se distraire) et une branche « vers » (agir selon ses valeurs). Le fait de voir les deux branches simultanément sur le même schéma rend tangible ce que le discours nomme sans montrer, c'est-à-dire la coexistence de l'inconfort et de la possibilité d'agir.
Le panneau 2 introduit la distinction « accroché.e / décroché.e », clé pour travailler la défusion cognitive en ACT : « Cette pensée est là, et je peux faire un pas » contraste avec « je n'ai pas le choix, je dois fuir ». Le panneau 3 explique pourquoi le mouvement « loin de » gagne souvent : le soulagement rapide et son coût à long terme. Polk et Schoendorff appelaient cela l'évitement à coût caché.
Le panneau 4 développe un exemple travaillé de bout en bout (une invitation à un pot de départ) avec des mouvements « loin de » et « vers » nommés concrètement, et les valeurs sous-jacentes identifiées (connexion, courage, ouverture). Ce travail illustré prépare le patient à faire le même exercice avec sa propre situation. Le panneau 5 liste des signaux fréquents de points de choix : envie d'éviter, de reporter, de scroller, de claquer la porte. Le panneau 6 propose la question pivot à voix haute en séance : « Quel genre de partenaire, parent, collègue, ami.e est-ce que je veux être maintenant, dans cette situation précise ? »
> À retenir : la fiche est un support visuel qui facilite l'explication du point de choix en séance ; le schéma en Y montre la bifurcation d'un coup d'œil, là où le discours seul ne fait qu'en parler.
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La fiche convient dès que vous travaillez la flexibilité psychologique ou l'évitement situationnel, typiquement en deuxième ou troisième séance une fois l'anamnèse posée. Elle s'intègre naturellement dans un parcours ACT structuré autour de l'hexaflex, mais elle fonctionne aussi en TCC classique comme outil de repérage comportemental, en complément du travail sur les stratégies d'adaptation saines et nocives.
Pour l'introduire, vous pouvez dire : « Je vais vous montrer un schéma qui représente ce qu'il se passe dans ces moments de tension, on le regarde ensemble. » Pas d'étiquette diagnostique, pas de promesse, juste une invitation à observer. Parcourez le schéma en Y avec le patient en utilisant sa propre situation : nommez la branche « loin de » qu'il a empruntée, puis explorez ensemble quelle valeur était en jeu dans la branche « vers ». C'est précisément ce passage qui alimente le travail de clarification des valeurs et, plus tard, de mise en action valorielle.
Pour le débrief, le panneau « À discuter en séance » de la fiche est directement utilisable : quand le point de choix devient un tribunal intérieur, quand un mouvement « vers » a été tenté sans baisse de l'inconfort, quand le même point de choix revient sans bascule. Ces trois entrées structurent la supervision de l'entre-séances sans que le patient ait à remplir de grille formelle.
Une limite à garder en tête : chez les patients présentant une rigidité cognitive élevée ou un tableau obsessionnel, le schéma peut être retourné en nouvelle règle perfectionniste. Dans ce cas, associez-le d'emblée au travail sur les modes de pensée ACT et insistez sur le sous-titre de la fiche : repérer, pas se condamner. Pour les profils dépressifs, le programme ACT pour la dépression fournit un cadre séquencé dans lequel cette fiche s'intègre comme outil de repérage hebdomadaire.
La fiche ne remplace pas la formulation de cas ni l'alliance thérapeutique ; elle rend l'explication plus claire et laisse au patient une trace concrète à consulter entre les séances.
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