Un exercice en 4 questions pour aider vos patients à nuancer leurs verdicts absolus sur eux-mêmes ou sur autrui et réduire la souffrance émotionnelle associée.
Vignettes cliniques
Jugement global après un conflit professionnel
Contexte. M., 38 ans, consulte pour un épisode dépressif réactionnel. Il rapporte un conflit avec un collègue et formule spontanément : « Je suis nul, j'aurais dû me taire, je ne sais jamais gérer ce genre de situation. » Le clinicien lui propose de compléter l'exercice « C'est bien / c'est mal ! » entre deux séances, en répondant par écrit aux quatre questions guidées. À la question sur ce qui pourrait nuancer sa position, M. identifie qu'il a, dans d'autres contextes, résolu des désaccords de façon satisfaisante. En séance suivante, il distingue plus aisément un comportement isolé (ne pas avoir su interrompre l'escalade) de sa valeur globale en tant que personne, ce qui atténue sensiblement l'intensité de la honte ressentie.
Verdict absolu sur une proche après une déception
Contexte. A., 52 ans, suivie pour un trouble anxieux généralisé, évoque la déception causée par sa sœur qui a annulé un rendez-vous important. Elle conclut : « Elle est égoïste, elle l'a toujours été, elle ne changera jamais. » Le clinicien introduit l'exercice en séance, en parcourant oralement les quatre questions avec la patiente. La deuxième question, portant sur ce qui pourrait rendre la situation encore plus difficile, l'amène à relativiser la gravité de l'incident. À la quatrième question, A. reformule son jugement en ciblant le comportement précis plutôt que la personne entière, ce qui réduit l'intensité de la colère et ouvre un espace de réflexion sur la façon d'aborder la situation avec sa sœur.
Le défi clinique : quand le jugement devient verdict
Les jugements évaluatifs globaux (sur soi, sur autrui, sur les situations) sont au coeur des émotions dysfonctionnelles décrites dans la REBT d'Ellis. Votre patient ne dit pas "j'ai fait quelque chose de regrettable" : il dit "je suis mauvais" ou "il est nul". Ce glissement du comportement à la personne produit des émotions intenses (honte, colère, culpabilité sévère, mépris) qui résistent aux explications verbales.
Expliquer oralement la différence entre évaluer un acte et condamner une personne est souvent insuffisant. Le patient acquiesce intellectuellement, puis repart avec le même verdict intact. Ce qu'il lui faut, c'est un travail de déplacement actif, question par question, ancré dans la situation précise qui a déclenché le jugement. L'exercice "C'est bien / c'est mal !" répond exactement à ce besoin : il guide le patient à travers quatre questions ciblées pour désamorcer la dynamique du verdict absolu, à distance du cabinet et sans attendre la prochaine consultation.
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Ce que contient l'exercice : quatre questions pour déplacer le verdict
L'image ci-dessous liste les quatre questions dans leur ordre. Il s'agit d'un aperçu statique des intitulés ; l'exercice complet, tel que votre patient le vit, se déroule dans l'application mobile SessionFuel avec les instructions patient, les espaces de réponse guidés et la progression pas à pas : cette image n'en est qu'une prévisualisation.
![Questions de l'exercice "C'est bien / c'est mal !", 1. Quel jugement portes-tu sur toi-même ou sur autrui, et dans quelle situation s'est-il déclaré ? 2. En quoi la situation pourrait-elle être pire ? 3. Quels autres aspects pourraient nuancer ta position ? 4. Peux-tu appliquer ton jugement à un comportement ou à un événement plutôt qu'à la personne ?]
La structure suit une logique de désamorçage progressive. La première question invite le patient à formuler explicitement le jugement et son contexte : cette mise à plat rend le matériau travaillable au lieu de le laisser circuler de façon diffuse. La deuxième introduit une perspective de relativisation : comment la situation pourrait-elle être pire ? Le patient sort du point de vue unique et commence à percevoir un continuum là où il voyait une valeur absolue. La troisième élargit le champ cognitif en invitant à considérer d'autres angles, mouvement proche du questionnement socratique et de la distanciation et décentration. La quatrième opère le pivot central de la REBT : déplacer le jugement vers le comportement ou l'événement, loin de la personne dans sa globalité.
> À retenir : Le glissement de "tu as mal agi" à "tu es mauvais" est le mécanisme qui transforme une émotion légitime en souffrance inutile. Cet exercice entraîne le patient à maintenir cette distinction, de façon autonome et répétée.
> Cet exercice est disponible pour vos patients via l'application mobile patient de SessionFuel : vous l'assignez depuis votre interface clinicien, et votre patient le complète directement sur son téléphone, entre les séances, en toute autonomie.
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Intégrer l'exercice dans la pratique entre les séances
Profils indiqués. Cet exercice convient particulièrement aux patients présentant une forte tendance à l'auto-accusation, à la surgénéralisation ou à des schémas de punition de soi et d'autrui. Il trouve aussi sa place avec les patients dont le besoin d'avoir raison ou les règles intérieures rigides alimentent des conflits relationnels récurrents.
Comment l'introduire. Appuyez-vous sur le modèle ABC (REBT) pour poser le lien entre jugement et émotion, puis assignez l'exercice en demandant au patient de l'ouvrir dès qu'il se surprend à poser un verdict sur quelqu'un ou sur lui-même : travailler le matériau à chaud est beaucoup plus productif qu'un exercice rétrospectif réalisé plusieurs jours après.
Exploiter ce que le patient rapporte. À la consultation suivante, explorez la réponse à la quatrième question en priorité : le patient a-t-il réussi à formuler un jugement limité au comportement ? Si la résistance est forte, c'est une ouverture vers le travail approfondi sur les exigences absolues ou vers le programme de psychoéducation sur le jugement. L'évaluation de l'utilité d'une pensée peut compléter le travail si le patient maintient que son verdict est objectif. Pour les patients dont les jugements globaux s'adressent principalement à eux-mêmes, articulez l'exercice avec la fiche sur l'auto-accusation ou l'exercice sur la dévalorisation de soi.
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