Modèle ABC (TREC) : fiche PDF, outils et exercices
Une fiche PDF structurée en cinq temps pour expliquer en séance le lien entre croyance et émotion, avec grille ABCDE, exercices et outils cliniques concrets.
Vignettes cliniques
Colère au travail, croyance d'injustice
Contexte. M., 38 ans, consulte pour des accès de colère récurrents en milieu professionnel, notamment lors de réunions où ses propositions sont écartées sans explication. Il décrit une tension physique immédiate et des ruminations prolongées après chaque épisode. Le clinicien lui propose la fiche psychoéducative sur le modèle ABC afin de poser une première distinction entre l'événement observable et l'interprétation qu'il en construit. À la lecture du scénario à deux croyances, M. identifie spontanément la formulation rigide qui structure sa réaction : « Mon responsable doit reconnaître la valeur de mon travail, sinon c'est inadmissible. » En séance suivante, il apporte un exemple réel rempli dans la grille et commence à formuler une croyance de remplacement plus souple, sans que la colère disparaisse totalement, mais avec une durée sensiblement réduite.
Anxiété sociale et croyance d'exclusion
Contexte. L., 26 ans, présente une anxiété sociale marquée et évite les repas avec ses collègues depuis plusieurs semaines, après qu'une plaisanterie qu'elle a faite n'a suscité aucune réaction. Le clinicien introduit le modèle ABC en s'appuyant sur l'exemple de la collègue silencieuse figurant dans la fiche, ce qui permet à L. de nommer son B sans que le thérapeute ait besoin de l'induire. Elle formule : « Si on ne rit pas, c'est que je suis ridicule et que personne ne m'accepte. » Le travail sur la colonne D amène L. à relever qu'aucune preuve concrète n'étaye cette conclusion et que plusieurs explications alternatives sont plausibles. L'évitement ne cesse pas immédiatement, mais L. accepte un repas collectif la semaine suivante, qu'elle commente comme « moins chargé qu'attendu ».
En consultation, présenter le modèle ABC à l'oral génère souvent un acquiescement de façade : le patient saisit le schéma intellectuellement, mais la colonne B reste floue, mélangée aux émotions ou confondue avec les faits. Cette fiche PDF sert précisément d'appui visuel pour lever cette confusion en séance, case par case, sans perdre le fil de l'échange clinique.
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Pourquoi le modèle ABC résiste à l'explication verbale
Le principe fondateur de la Rational Emotive Behavior Therapy (Ellis, 1957) est à la fois simple à énoncer et difficile à intégrer : ce ne sont pas les événements qui produisent les émotions, mais les croyances interposées. L'obstacle en séance est précis. Quand vous demandez au patient ce qu'il s'est dit face à la situation, il vous répond le plus souvent par une émotion (« je me suis sentie nulle ») ou par une interprétation présentée comme un fait (« elle m'a ignorée »). La distinction A/B/C reste abstraite tant qu'elle n'est pas posée visuellement devant lui.
L'autre difficulté concerne les croyances rigides. Le patient ne les reconnaît pas spontanément comme telles : un « il faut absolument » ou un « c'est insupportable » lui paraît une description fidèle de la réalité, pas une construction cognitive sur laquelle il est possible de travailler. Identifier les formulations absolutistes, puis amorcer le glissement vers la préférence, demande un point d'appui que le discours seul ne fournit pas. C'est exactement l'angle que couvre l'exercice sur les exigences rigides et les préférences, qui prolonge utilement ce travail entre les séances.
Ce que contient la fiche : une grille ABCDE comme support visuel
La fiche est organisée en sept panneaux qui correspondent à autant d'étapes cliniques. Le premier présente la grille ABCDE complète en un coup d'œil : chaque colonne est nommée (A : événement observable ; B : croyance, interprétation ; C : conséquences émotionnelles et comportementales ; D : mise en question ; E : nouvelle croyance souple), avec un exemple filé, «ma collègue n'a pas répondu» / «elle m'ignore, je suis exclue» / blessure, retrait, rumination, jusqu'à la reformulation réaliste.
Le deuxième panneau propose un test à deux scénarios : le même événement déclencheur (une voiture qui fait une queue de poisson) donne des conséquences émotionnelles radicalement différentes selon que la croyance est rigide ou souple. Ce contraste visuel montre en quelques secondes ce qu'une explication verbale peut mettre plusieurs minutes à installer. Le troisième panneau liste les signaux de croyances rigides : «il faut absolument», «c'est catastrophique», «jamais», «toujours», avec le glissement à viser vers la préférence.
Les panneaux suivants couvrent la flèche descendante (remonter du ressenti jusqu'à la croyance qui pique, par la question répétée «et si c'était vrai, qu'est-ce que ça voudrait dire ?»), les trois questions de la case D (preuves, logique, utilité), la construction d'un E crédible, et les erreurs fréquentes à anticiper, dont la plus courante : écrire en A une interprétation, ce qui est déjà un B. Ce panneau sur les erreurs est particulièrement utile en débrief.
> À retenir : la fiche est un support visuel qui facilite l'explication du modèle ABC en séance ; elle n'est pas un questionnaire à remplir seul, mais un outil que le clinicien lit avec le patient pour poser un vocabulaire commun et laisser une trace concrète à emporter.
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La fiche s'intègre naturellement en phase de psychoéducation initiale, dès la deuxième ou troisième séance, une fois l'anamnèse posée et une situation émotionnellement chargée identifiée. Elle convient à une grande variété de profils : patients anxieux, coléreux, présentant une pensée tout-ou-rien marquée, ou dont les pensées automatiques semblent réfractaires à la remise en question verbale.
Pour l'introduire sans étiqueter : «Je voudrais vous montrer un schéma qui illustre ce dont on parlait. On va le regarder ensemble.» Vous pointez la colonne B sur la grille, puis vous proposez le scénario de la voiture pour tester la compréhension. Si le patient identifie le levier, vous pouvez enchaîner avec l'exercice de descente vers la croyance profonde pour approfondir, ou avec l'exercice sur les jugements moraux REBT quand la croyance rigide porte sur autrui.
Une limite à signaler : pour les patients présentant un niveau élevé de dissociation ou une capacité métacognitive réduite, la grille peut rester inaccessible en première approche. Préférez alors un travail somatique préalable avant d'introduire le cadre cognitif.
La fiche ne remplace pas la formulation de cas ni l'alliance thérapeutique ; elle rend l'explication plus rapide et laisse au patient un repère visuel qu'il peut relire entre les séances.
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