Théorie A / Théorie B : Fiche de travail PDF, outils et exercices pour la pratique clinique

Une fiche PDF visuelle pour aider vos patients à traiter une pensée menaçante comme une hypothèse, pas comme un fait, outil de psychoéducation à utiliser directement en séance.

Théorie A / Théorie B : Fiche de travail PDF, outils et exercices pour la pratique clinique

Vignettes cliniques

Hypocondrie : reformuler le problème

Contexte. M., 38 ans, consulte pour des craintes répétées d'une maladie cardiaque non diagnostiquée. Chaque palpitation relance un cycle de vérification et de réassurance médicale qui dure depuis deux ans. Le clinicien lui propose la fiche Théorie A / Théorie B : ensemble, ils formulent la Théorie A (« j'ai une anomalie cardiaque que les examens n'ont pas détectée ») et la Théorie B (« mon problème, c'est une inquiétude intense à propos de mon coeur, et cette inquiétude amplifie les sensations »). M. cote sa conviction pour chaque théorie, note que les palpitations s'intensifient surtout lors des périodes de stress professionnel, et accepte d'observer ce que produit une semaine sans consulter ses relevés de fréquence cardiaque. À la séance suivante, il rapporte une légère réduction des vérifications et reconnaît que la Théorie B « tient mieux » sur plusieurs épisodes qu'il a pu observer.

TOC de contamination : observer sans rituel

Contexte. L., 27 ans, présente des rituels de lavage pluriquotidiens organisés autour de la conviction d'être contaminée après tout contact avec des surfaces publiques. La clinicienne introduit la fiche en séance et invite L. à énoncer la Théorie A (« je suis réellement contaminée et je vais rendre mes proches malades ») puis la Théorie B (« j'éprouve une inquiétude de contamination très élevée, et les lavages entretiennent cette inquiétude sans résoudre le problème »). L. note sa croyance à 85 % pour A et 30 % pour B au moment de l'exercice. La clinicienne lui propose de traiter l'inquiétude plutôt que la contamination supposée, en retardant un lavage de dix minutes et en notant ce qui se passe réellement. L. revient en séance avec des données concrètes qui fragilisent la Théorie A et ouvrent un espace pour travailler les rituels.

En consultation TCC, expliquer à un patient que sa pensée est une interprétation plutôt qu'un fait se heurte à un obstacle immédiat : plus la pensée fait peur, moins le recadrage verbal fait effet. La distinction Théorie A / Théorie B est précisément faite pour ce moment. Cette fiche PDF rend la distinction visible sur papier, construit le raisonnement pas à pas, et laisse au patient un repère concret à emporter.

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Pourquoi Théorie A / Théorie B résiste à l'explication orale

Le nœud central de l'approche, formalisée notamment par Salkovskis (1996) puis Wells (2009) dans le cadre des modèles TCC du TOC et de l'anxiété liée à la santé, tient en une reformulation : le problème n'est pas X (la maladie, la contamination, le danger), mais l'inquiétude à propos de X. Cette distinction est intellectuellement simple ; cliniquement, elle glisse.

Quand le thérapeute l'énonce à l'oral, le patient acquiesce souvent sans que la reformulation prenne vraiment. Deux raisons à cela. D'abord, les pensées intrusives à forte charge émotionnelle activent une fusion pensée-réalité qui résiste au discours. Ensuite, en l'absence de support, les deux théories restent abstraites et ne peuvent pas être pesées l'une contre l'autre. Le patient sort de séance avec la conviction que Théorie B « minimise ce qu'il vit », alors que c'est précisément le contraire qui est en jeu.

La fiche répond à ce problème en donnant une forme visuelle et symétrique aux deux lectures, côte à côte, avec les mêmes entrées pour chacune.

À l'intérieur de la fiche : un support visuel pour tenir deux hypothèses en main

La fiche PDF est organisée en six panneaux progressifs, à parcourir avec le patient pendant la séance, pas à remplir seul.

Le premier panneau pose le cadre : « Lorsqu'une pensée fait peur, nous la traitons comme un fait. » Le deuxième, le plus central, présente les deux théories côte à côte avec exactement les mêmes catégories pour chacune : énoncé, note de croyance de 0 à 100 %, preuves pour, preuves contre, mode de vérification, action implicite, et projection sur la vie à venir. Cette mise en parallèle visuelle fait ce que l'oral ne peut pas faire : elle montre que les deux lectures sont de même nature épistémique, et que l'une n'est pas plus « réelle » que l'autre avant d'avoir été testée.

La fiche inclut un panneau dédié au coût hebdomadaire de Théorie A (évitements, comportements de vérification, réassurance, scan corporel, recherche de symptômes en ligne...), ce qui permet de rendre tangible ce que la peur consomme en heures et en gestes. Le panneau suivant explique le piège des comportements de sécurité : « Tout ce qui sert à se rassurer envoie au cerveau le même message : le danger était réel. » Vous pouvez pointer ce schéma directement pendant la séance pour ancrer le mécanisme d'entretien, sans avoir à en rédiger le principe au tableau.

Les deux derniers panneaux proposent des expériences comportementales concrètes (ne pas vérifier 48 h, sortir sans contrôler la porte, rester avec une sensation sans la nommer dangereuse) et des phrases de rappel à utiliser entre les séances.

> À retenir : la fiche est un support visuel qui facilite l'explication en séance ; elle ne se remplit pas seul à la maison, elle se parcourt avec le clinicien pour rendre la distinction A/B concrète, puis reste comme repère entre deux rendez-vous.

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Comment proposer la fiche au patient, et à quel moment

La fiche imprimable
La fiche imprimable

La fiche convient dès que vous repérez qu'un patient organise sa vie autour d'une pensée menaçante traitée comme certaine : TOC, anxiété santé, anxiété sociale avec conviction d'une incompétence réelle, ou tout tableau où les comportements de sécurité dominent. Elle est particulièrement indiquée après deux ou trois séances d'anamnèse, une fois que le modèle de maintien est esquissé et que l'alliance thérapeutique permet de proposer un recadrage sans que le patient le ressente comme une disqualification.

Pour introduire la fiche, vous pouvez formuler ainsi : « Je voudrais vous proposer une façon de regarder ce que vous vivez sous un angle différent. Ce n'est pas pour dire que vos peurs sont infondées, c'est pour qu'on examine ensemble si le problème est exactement là où il semble être. » L'insistance de la fiche sur le fait que « Théorie B ne dit pas que la peur est ridicule » vous donne un appui direct contre la résistance habituelle.

En débrief, demandez au patient d'attribuer un chiffre de croyance à chaque théorie au moment où vous travaillez la fiche, puis de réévaluer après la première expérience comportementale. C'est la progression de ces chiffres, séance après séance, qui matérialise le glissement : « La croyance en A baisse rarement d'un coup, elle se déplace. »

La fiche s'articule bien avec la fiche sur la distinction fait/interprétation en amont, avec la boucle de vérification pour approfondir les comportements de sécurité, et avec une hiérarchie d'exposition pour formaliser les expériences comportementales qui viendront départager les deux théories. Pour les profils relevant de l'ACT, la défusion cognitive et le point de choix prolongent naturellement la même logique. Une contre-indication relative : les patients en phase de crise aiguë ou présentant une faible tolérance à l'incertitude sévère auront besoin d'un travail préalable sur l'intolérance à l'incertitude avant que la mise en parallèle des deux théories ne soit utilisable.

La fiche ne remplace pas la formulation de cas ni le travail d'exposition ; elle crée le vocabulaire commun sans lequel les étapes suivantes restent abstraites.

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Sources

  • Salkovskis, P. M. (1996). The cognitive approach to anxiety: threat beliefs, safety-seeking behaviour, and the special case of health anxiety and obsessions. Guilford Press (in Salkovskis, P. M. (Ed.), Frontiers of Cognitive Therapy, pp. 48-74).
  • Salkovskis, P. M., Kirk, J. (1997). Obsessive Compulsive Disorder. Oxford University Press (in Clark, D. M. & Fairburn, C. G. (Eds.), Science and Practice of Cognitive Behaviour Therapy).
  • Salkovskis, P. M. (1999). Understanding and treating obsessive-compulsive disorder. Behaviour Research and Therapy, 37(Suppl. 1), S29-S52.
  • Bream, V., Challacombe, F., Palmer, A., Salkovskis, P. M. (2017). Cognitive Behaviour Therapy for Obsessive-Compulsive Disorder. Oxford University Press.
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