Dépression et blocage : guider le passage à l'action
Un exercice structuré en 5 questions pour aider vos patients déprimés à lever leurs obstacles cognitifs et s'engager vers une activité concrète.
Vignettes cliniques
Reprise de la marche après un retrait social
Contexte. M., 47 ans, présente un épisode dépressif caractérisé depuis quatre mois, marqué par un retrait progressif de toute activité physique qu'il décrivait autrefois comme structurante. Lors d'une séance, le clinicien lui propose de compléter l'exercice J'avance pas..., en commençant par nommer une activité concrète qu'il souhaiterait reprendre : ici, une marche quotidienne de vingt minutes. À la deuxième question, M. identifie deux pensées bloquantes récurrentes : « Je serai trop fatigué pour finir » et « Ça ne changera rien à mon état ». La troisième et la quatrième question lui permettent d'envisager une sortie limitée à dix minutes dans un premier temps et de reconnaître qu'il associe cette marche à un sentiment d'air frais et de légère décompression. Il s'engage à inscrire cette activité dans ses routines Mosaik trois matins par semaine, ce que le clinicien notera comme point d'appui pour la séance suivante.
Obstacle cognitif autour d'une activité créative
Contexte. L., 34 ans, consulte pour un épisode dépressif modéré ; elle mentionne avoir abandonné la peinture depuis plusieurs mois sans parvenir à expliquer pourquoi. Le clinicien introduit l'exercice J'avance pas... comme support écrit à compléter entre deux séances. L. formule à la deuxième question une pensée centrale : « Ce que je ferai sera médiocre, autant ne pas commencer. » En réfléchissant aux solutions possibles, elle propose de limiter ses séances à de petits formats sans objectif de résultat, stratégie qu'elle n'avait pas envisagée seule. Elle note à la quatrième question que la peinture lui procurait un sentiment de temps suspendu, bénéfice qu'elle avait cessé de percevoir comme accessible. L'engagement formulé à la cinquième question reste prudent, une séance par semaine, ce qui correspond à un objectif réaliste au regard de son tableau clinique actuel.
Le besoin clinique : quand l'intention ne suffit pas
En dépression, l'inhibition comportementale ne se réduit jamais à un manque de volonté. Le patient sait ce qu'il voudrait faire. Il ne le fait pas. Cet écart entre intention et action est l'un des points les plus frustrants à travailler : il résiste aux explications orales, aux encouragements, aux formulations les plus soigneuses. Derrière l'immobilité se cachent des pensées bloquantes automatiques, souvent rapides, floues, difficiles à articuler spontanément, qui maintiennent l'évitement aussi sûrement qu'une croyance explicite.
La fiche sur le cycle de la dépression peut aider à poser le cadre psychoéducatif, et la fiche d'activation comportementale offre la logique théorique. Mais ni l'un ni l'autre ne met le patient en mouvement par lui-même face à sa propre activité bloquée. C'est précisément là que cet exercice intervient.
> Cet exercice est disponible pour vos patients via l'application patient de SessionFuel : vous le leur assignez directement depuis votre espace clinicien, et ils le complètent de manière autonome sur leur téléphone, entre deux consultations.
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L'outil guide le patient en 5 questions progressives, conçues pour transformer un blocage diffus en problème structuré et soluble.
La première question ancre l'exercice dans le concret immédiat : quelle activité précise est visée ? Pas une catégorie vague, mais un acte nommé. Les questions 2 et 3 forment le cœur cognitif de l'exercice : le patient identifie les pensées qui font obstacle, puis cherche lui-même des solutions pour chacune d'elles. Ce mouvement, nommer le blocage, puis générer une réponse, reproduit en autonomie la dynamique de restructuration cognitive habituellement guidée en consultation. La question 4 déplace l'attention vers les bénéfices anticipés de l'activité : ce que le patient y apprécie, ce qu'elle lui apportera. Cette étape contrebalance le biais d'attention sélective qui concentre tout le poids sur les obstacles. Enfin, la question 5 sollicite un engagement explicite : le patient se positionne sur sa volonté de mettre en place les solutions et d'ancrer l'activité dans ses routines.
L'image ci-dessous liste les cinq questions dans leur ordre. Attention : il s'agit d'un aperçu statique des questions uniquement. L'exercice complet, tel que le patient le vit, inclut les instructions patient, les espaces de réponse et le guidage progressif propres à l'application, éléments qui ne figurent pas dans cette image.
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Cet exercice convient en priorité aux patients en phase dépressive légère à modérée qui identifient une activité désirée mais restent bloqués par l'inertie cognitive. Il s'articule naturellement avec l'exercice sur l'évitement comportemental et la dépression et avec l'exercice de planification de semaine, qui prennent le relais une fois que le premier obstacle est levé.
Pour l'introduire, une formulation simple fonctionne bien : « Cette semaine, il y a quelque chose que vous voudriez faire mais que vous n'arrivez pas à enclencher. Cet exercice vous guidera pour mettre des mots dessus et trouver vous-même quelques pistes. » Inutile d'en dire plus : la structure de l'exercice fait le travail.
Au retour, ce que le patient rapporte est cliniquement riche à plusieurs niveaux. Les pensées bloquantes nommées à la question 2 révèlent souvent des distorsions cognitives sous-jacentes, perfectionnisme, prédiction négative, sentiment d'inutilité, qui méritent d'être approfondis. Les solutions proposées à la question 3 donnent une idée de la flexibilité cognitive disponible à ce moment du suivi. L'engagement formulé à la question 5, qu'il soit ferme ou hésitant, ouvre immédiatement la discussion sur les processus de maintien et sur l'ambivalence face au changement.
> À retenir : le patient qui nomme ses blocages et génère ses propres solutions fait, entre deux séances, un travail cognitif et comportemental que les mots du clinicien ne peuvent pas entièrement remplacer. Cet exercice rend ce travail possible de manière autonome et structurée.
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