Qu'est-ce que la violence domestique ? Fiche PDF, outils et exercices
Une fiche PDF structurée en cinq panneaux visuels pour nommer toutes les formes de violence conjugale en séance, dépathologiser les réactions, et travailler l'ambivalence avec le patient.
Vignettes cliniques
Contrôle invisible, souffrance bien réelle
Contexte. M., 38 ans, consulte pour un trouble anxieux persistant et des insomnies depuis deux ans. Elle décrit son conjoint comme « stressé », minimise les conflits et répète qu'elle « doit faire des efforts ». Le clinicien lui remet la fiche de psychoéducation sur la violence conjugale en séance, en précisant qu'il s'agit d'un support informatif, non d'un diagnostic. À la lecture du tableau sur les formes invisibles, M. marque un temps d'arrêt devant les rubriques « surveillance du téléphone » et « douter de sa mémoire » : elle reconnaît plusieurs situations sans les avoir jamais nommées ainsi. Ce premier ancrage lexical ouvre un espace de questionnement que la patiente n'avait pas encore eu les mots pour formuler.
Nommer ce qui n'avait pas de nom
Contexte. T., 45 ans, suivi pour un épisode dépressif caractérisé, mentionne en fin de séance que sa femme « gère les finances » et qu'il n'a accès à aucun compte depuis trois ans. Le clinicien introduit la fiche en l'intégrant à un temps psychoéducatif sur les facteurs de maintien de la dépression. T. lit la rubrique sur la violence économique avec une attention soutenue, puis formule : « Je pensais que c'était normal, que je n'étais pas capable. » Le clinicien valide cette réaction comme cohérente avec la dynamique décrite, sans porter de jugement sur la situation conjugale, et propose d'explorer l'impact de cette contrainte sur l'estime de soi dans les séances suivantes.
En consultation avec des personnes en situation d'emprise, l'explication verbale bute sur deux obstacles simultanés : la honte qui fige les mots, et la fragmentation cognitive que l'emprise elle-même produit. Cette fiche PDF sur la violence conjugale est conçue comme un support visuel de psychoéducation à utiliser en séance pour cartographier le spectre des violences, normaliser les réactions, et poser un vocabulaire commun sans que le patient ait à porter seul le poids du nommage.
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Pourquoi la violence conjugale résiste à l'explication orale
La principale difficulté n'est pas la méconnaissance du concept, c'est la dissociation entre savoir intellectuel et ressenti. Un patient peut reconnaître qu'il vit une situation d'emprise et continuer à douter de sa propre mémoire, de son jugement, de la légitimité de sa peur. Les travaux de Salmona (2018) sur la mémoire traumatique et le déni protecteur décrivent précisément ce mécanisme : le déni n'est pas un manque d'information, c'est une réponse adaptative.
L'autre frein est lexical. Faute de mots, les formes psychologique, économique et coercitive restent floues, minimisées par le patient lui-même, "ce n'est pas de la vraie violence". Sans traces corporelles, ces registres restent dans l'angle mort. Le thérapeute peut les nommer à l'oral, mais sans ancrage visuel, la distinction glisse. C'est exactement ce que les outils et exercices structurés sur papier permettent de fixer. Vous pouvez articuler ce travail de reconnaissance avec le cycle de la violence ou la fiche sur le gaslighting, qui approfondit spécifiquement la dimension manipulatoire.
Ce que contient la fiche : un support visuel pour nommer l'invisible
La fiche s'organise en cinq panneaux distincts, conçus pour une lecture en séance, en vis-à-vis.
Le spectre des violences : un tableau qui oppose "ce qui se voit" et "ce qui ne se voit pas", avec les cinq registres (physique, sexuelle, psychologique, économique, coercitive) et des exemples concrets. Le fait de voir écrit "surveillance du téléphone, contrôle des vêtements, accès aux comptes refusé" produit souvent une reconnaissance immédiate là où le discours oral laissait planer le doute.
Signes intérieurs : huit réactions normales à l'emprise chronique, "marcher sur des œufs", hypervigilance, repli social, déni protecteur, usage de substances. La formulation "réponses normales à une menace chronique" est citée verbatim dans la fiche : vous pouvez la reprendre telle quelle pour dépathologiser ces manifestations. Cela s'articule utilement avec la fiche sur les réactions post-traumatiques.
Pourquoi on reste : quatre forces de maintien (peur, espoir, dépendance économique, pression sociale) présentées sans hiérarchie et sans jugement. Ce panneau est particulièrement indiqué pour ouvrir le travail sur l'ambivalence.
Vérités à poser noir sur blanc : affirmations courtes sur la responsabilité, la normalité de l'ambivalence et le fait que partir est "un processus", pas un acte unique.
Ressources d'aide en France : 3919, 17, 114, avec une précaution opérationnelle souvent omise en consultation, effacer l'historique du téléphone si l'appareil est susceptible d'être consulté par le partenaire.
> À retenir : la fiche est un support visuel qui facilite l'explication de la violence conjugale en séance ; elle ne demande rien au patient, elle lui offre une carte. Remettre ce document, c'est poser un premier ancrage concret entre deux rendez-vous, pas un devoir à compléter seul.
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Moment optimal. À partir de la deuxième ou troisième séance, une fois l'alliance thérapeutique suffisamment établie. L'amener dès l'anamnèse initiale comporte un risque réel de rupture si le patient n'est pas encore prêt à mettre des mots sur l'emprise.
Formulation d'introduction."Je voudrais vous montrer un tableau qui décrit différentes formes de comportements dans les relations, pas pour étiqueter votre situation, mais pour voir ensemble ce qui vous parle." Cette formulation évite toute interprétation prématurée tout en maintenant l'espace ouvert.
Débrief. Après lecture commune, demandez quels items résonnent, puis lesquels surprennent. Les zones de déni protecteur sont souvent les plus cliniquement informatives. Le panneau "pourquoi on reste" s'articule naturellement avec la balance décisionnelle et la fiche sur l'ambivalence face au changement. Plus loin dans la prise en charge, le travail sur les schémas d'abandon et la honte prolonge ce que la fiche a amorcé. La compréhension des mécanismes de justification de l'agresseur peut également clarifier pourquoi le patient a longtemps douté de sa propre lecture. Si le tableau clinique le justifie, une évaluation structurée du TSPT devient pertinente à ce stade.
Contre-indication partielle. Si le patient réside encore au domicile partagé et que le partenaire peut accéder à ses affaires, instruisez-le sur les précautions de sécurité avant de remettre un support papier. La fiche inclut elle-même cette consigne pour les ressources d'aide.
La fiche ne remplace ni la formulation de cas ni le cadre thérapeutique ; elle rend l'invisible nommable et laisse au patient une trace concrète, mobilisable bien au-delà de la séance.
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Johnson, M. P. (2008). A Typology of Domestic Violence: Intimate Terrorism, Violent Resistance, and Situational Couple Violence. Northeastern University Press.
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