Accepter un compliment : exercice guidé pour l'estime de soi
Un outil structuré en 4 questions pour aider vos patients à recevoir les remarques positives sans les minimiser ni les effacer.
Vignettes cliniques
Minimisation d'un compliment professionnel
Contexte. M., 38 ans, consulte pour une estime de soi fragilisée dans un contexte de surcharge professionnelle chronique. À la première question de l'exercice, il identifie un compliment reçu de sa responsable sur la qualité d'un rapport : il avait répondu que « ce n'était pas grand-chose ». En répondant à la troisième question, il reconnaît, non sans hésitation, que le travail fourni avait effectivement nécessité plusieurs heures de recherche rigoureuse. La réécriture de la scène lui permet de formuler un simple « merci, j'y ai mis beaucoup de soin » ; il note un sentiment inhabituel, décrit comme un léger soulagement mêlé d'inconfort, ce qui ouvre un travail sur la peur d'être perçu comme prétentieux.
Compliment affectif difficile à recevoir
Contexte. L., 27 ans, présente une anxiété sociale avec tendance marquée à l'autodépréciation ; elle rapporte que les remarques positives de son entourage lui semblent « incompréhensibles » ou destinées à la ménager. L'exercice guidé lui permet de se souvenir d'une amie lui ayant dit qu'elle était « une personne sur qui on peut compter » ; L. avait aussitôt répondu qu'elle ne faisait « que son devoir ». En répondant à la troisième question, elle liste trois situations concrètes où elle avait effectivement soutenu cette amie, ce qui rend le compliment moins abstrait. La réécriture lui demande un effort visible, mais elle parvient à rédiger une acceptation brève ; en séance, elle observe que l'exercice écrit rend la démarche moins exposante qu'un jeu de rôle oral.
Ce qui résiste dans la réception du positif
Vos patients savent souvent nommer leurs défauts avec précision. Recevoir un compliment, c'est une autre affaire. Le réflexe est quasi automatique : déflexion, minimisation, attribution externe. Ce n'est pas de la fausse modestie au sens moral du terme ; c'est une distorsion cognitive bien installée, celle qui disqualifie le positif en effaçant toute preuve favorable à l'image de soi.
Ce mécanisme est au carrefour de plusieurs dynamiques que vous connaissez bien : le sentiment d'inadéquation, le syndrome de l'imposteur, l'autodénigrement chronique ou encore les croyances sur soi en tout-ou-rien. Le paradoxe clinique est là : ce sont souvent les patients qui auraient le plus besoin d'intégrer du positif qui y sont le moins capables. Et il est difficile de le travailler uniquement à l'oral, car la résistance se rejoue à la seconde même où vous formulez le reflet positif.
Un support structuré permet de contourner cette résistance en amenant le patient à travailler le matériau depuis l'intérieur, sur une situation réelle qu'il a lui-même choisie.
Utilisez cette ressource avec vos patients
Fiche, exercices et supports prêts à l'emploi, directement dans SessionFuel.
L'exercice « Merci pour ce compliment ! » est structuré en quatre questions progressives qui s'appuient sur une situation concrète vécue par le patient.
Cette image est un aperçu statique des questions. L'exercice complet, avec les consignes destinées au patient et les espaces de réponse, se déroule dans l'application patient de SessionFuel, que le patient utilise seul sur son téléphone entre deux consultations.
La première question ancre le travail dans le vécu récent : quelle est la dernière remarque positive reçue ? La deuxième interroge la réaction immédiate et la minimisation : comment le patient a-t-il atténué son propre rôle ? La troisième demande une analyse plus calme : en quoi ce compliment était-il justifié ? Enfin, la quatrième propose une réécriture comportementale : revivre la scène en acceptant pleinement le compliment, et observer ce que cela produit émotionnellement.
Cette progression est au service de la restructuration cognitive : on part du comportement observé, on examine la croyance sous-jacente, on mobilise les preuves, et on expérimente une réponse alternative. C'est la même logique que dans une expérience comportementale, mais appliquée au registre de la réception.
> À retenir : La difficulté à accepter un compliment n'est pas un trait de caractère ; c'est un comportement appris, soutenu par des croyances identifiables et, à ce titre, modifiable par le travail clinique.
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Comment l'intégrer comme travail autonome entre les séances
Cet exercice convient particulièrement aux patients qui présentent une faible estime de soi, un sentiment d'inutilité, ou qui s'engagent dans une autocritique sévère. Il s'intègre aussi naturellement dans un travail sur le perfectionnisme ou sur la recherche d'approbation, où le regard extérieur positif est lui aussi difficile à internaliser.
Pour l'introduire, vous pouvez simplement inviter le patient à remarquer, durant la semaine, toute remarque positive reçue, même anodine, et à réaliser l'exercice juste après cet événement, pendant qu'il est encore frais. Précisez que l'objectif n'est pas de se forcer à être fier, mais d'observer honnêtement ce qui se passe quand le positif atterrit.
> Cet exercice est disponible pour vos patients via l'application patient de SessionFuel : vous le leur assignez directement depuis votre interface, et ils le complètent seuls sur leur téléphone entre deux consultations, à leur rythme.
Au retour, ce que le patient a écrit devient un matériau clinique direct. La façon dont il a minimisé le compliment (question 2) révèle souvent la structure exacte de sa croyance fondamentale négative. La réécriture de la scène (question 4) fournit une première expérience de réception tolérée, que vous pouvez consolider avec des outils comme Célébrer ses succès ou le programme Image de soi et estime.
Utilisez-la avec vos patients
Partagez cet outil dans l'application mobile et suivez le travail entre les séances.
Pour les patients dont la résistance au positif est plus profondément ancrée, cet exercice s'inscrit dans une séquence plus large. Vous pouvez le faire précéder d'un travail sur la fiche Reconnaître ses qualités ou sur les forces personnelles, afin de constituer un réservoir de preuves disponibles. L'exercice d'acceptation de soi et la fiche Autocompassion peuvent prolonger naturellement le travail une fois que la réception du positif commence à se déposer.
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